Sois belle et t’es toi

Sois belle et t’es toi

Enfant, cet adage me laissait perplexe. « Sois belle et tais-toi ». Que devais-je comprendre ? « Sois belle et t’es toi » ?

Une seule chose était sûre, il fallait être belle. Voici comment l’on bascule très tôt dans l’obligation d’être plaisante et agréable… Une aliénation qui peut vous poursuivre très longtemps.

La suite était plus énigmatique. Fallait-il me taire pour cacher ma bêtise ? Ou parce qu’au contraire, ne pas être bête pouvait déranger ? Faire ombrage ?

Et s’il fallait bien entendre « t’es toi » ? Je me résumerais donc à ma seule joliesse ?

Quoiqu’il en soit, il y avait des codes à intégrer pour être une femme, des choses à faire ou ne pas faire, à dire ou ne pas dire, indépendamment de ce dont je pouvais avoir envie.

Et celui-ci encore, entendu toute ma jeunesse : « Bats ta femme tous les matins, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait. » J’étais donc de la race des coupables quoiqu’il arrive…

Tout un imaginaire perverti… Avec ce genre de dictons, la relation aux autres – et parmi les autres, les hommes évidemment – ne pouvait qu’être faussée dès le début pour moi comme pour de très nombreuses jeunes filles.

Les mots codifient

Tout ne se joue pas sur un dicton, mais les mots construisent, induisent, orientent. Et par dessus tout, leur répétition, qui nous aliène peu à peu.

Je pense à tous ces vieux adages, censément ironiques ou drôles, qu’on nous ressort toujours au détour d’un apéro ou d’une réunion de famille, et qu’Annette Messager avait brodés à la main en petits tableaux : « Qu’y a-t-il de pire qu’une femme ? 2 femmes », « L’homme pense, la femme dépense », « Les femmes et les melons, il est difficile de reconnaitre le bon », « Quand la fille naît, même les murs pleurent », « Femme en colère, mer déchaînée »… (« Ma collection de proverbes », Annette Messager, 1974).

Petite misogynie quotidienne que personne ne relève… Il existe beaucoup d’autres dictons colportant des lieux communs sur les hommes. Mais dans quelle proportion ?

Aujourd’hui encore, j’hésite à souligner ces dérives de langage sous peine de passer pour ce genre de féministe aigrie et rabat-joie que tout le monde exècre. Il m’arrive même, comme tout le monde, de rire de certains de ces bons mots (oui, il paraît que j’ai de l’humour !) mais il m’est toujours pénible de penser que derrière eux se cachent des croyances profondément ancrées et clivantes.

Une œuvre pour épingler les clichés

Tous ces mots peuvent paraître légers et innocents, mais, s’ils sont dit le plus souvent sans malveillance, pourtant tous ces messages martelés depuis notre enfance nous façonnent et modèlent notre inconscient. Comment apprendre la liberté d’être dans un tel univers ?

Je me réjouis que de plus en plus de parents d’aujourd’hui aident leurs enfants – filles et garçons – à grandir dans la certitude qu’ils n’ont pas à respecter de « code de conduite » en fonction de leur sexe. Ils n’ont ni à être beaux pour plaire, ni à se taire pour se faire accepter.

Pour moi et beaucoup d’autres femmes, la déconstruction/reconstruction a été longue. J’ai la chance de pouvoir « œuvrer » pour dénoncer le sexisme ordinaire. La série des Vierges Rouges fut libératrice ! Se jouer des codes – non sans une pointe d’humour – nous oblige à être attentif aux stéréotypes qui perdurent.

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