Filles de putes

Filles de putes

Dans une période où la parole est de plus en plus libre (et certains sujets méritent en effet de ne plus être tus), les propos haineux et les insultes fusent vite. Pour un oui ou un non, les « fils de pute » pleuvent. D’ailleurs, neuf fois sur dix, ces mots sont prononcés comme une simple interjection, vidée de son sens, tant la violence verbale est banalisée.

Pourtant, je me faisais la réflexion qu’on ne dit jamais « fille de pute »… probablement parce que les filles sont implicitement elles-mêmes des putes en puissance. Il s’agit sans doute d’un gène féminin qui se transmet de mère en fille ! Donc, nous, c’est « sale pute » tout court.

Or, la question de la prostitution est justement hautement symbolique de nos difficultés à assurer à tous – et ici, il faut surtout entendre « toutes » – des conditions de vie respectueuses, décentes et sûres.

Pute et soumise

Le sujet est particulièrement difficile à traiter car il ne fait pas consensus, contrairement aux violences que tout le monde s’accorde à dénoncer. Les implications et les enjeux de la prostitution sont tentaculaires.

Pour rappel, quelques estimations officielles : la prostitution concerne 30 000 personnes en France, dont 85 % de femmes qui sont à 93 % étrangères (Europe de l’Est, Afrique, Chine et Amérique du Sud). Elles ont en moyenne entre 13 ans et 25 ans. 51 % ont subi des violences physique au cours de 12 derniers mois et 38 % ont subi un viol – contre 6,8 % des femmes dans la population générale… (source gouvernement).

Les prostituées ont un taux de mortalité 40 fois supérieur à la moyenne nationale ! Ce sont majoritairement des victimes d’exploitation et de réseaux, mais aussi des mères de famille en situation de précarité, des jeunes filles étudiantes, des enfants… Une exploitation sexuelle abjecte, dans un milieu ultra violent. 

Je ne suis pas certaine que les 10 à 15 % qui se déclarent prostitués par choix soient particulièrement mieux lotis. « L’engagement dans la sexualité vénale n’est jamais un acte volontaire et délibéré, écrit le sociologue Lilian Mathieu. Produit de l’absence de moyens alternatifs d’existence, il résulte toujours d’une contrainte ou, au mieux, d’une adaptation résignée marquée par la détresse, le manque ou la violence ».

Même sans être sous la coupe de réseaux ou de proxénètes, ces personnes sont victimes de violences récurrentes et vivent le plus souvent dans des conditions médiocres. Sans parler d’un statut qui engendre le plus grand mépris de la société… Que reste-t-il de la dignité ? 

Le plus vieux péché du monde… 

A ceux qui prétendent que la prostitution est un métier comme un autre, un « mal nécessaire », j’ai toujours envie de répondre qu’ils ne seraient sûrement pas fiers que leur mère, leur femme ou leur fille soient prostituées.

Dans l’absolu, oui, la prostitution pourrait peut-être devenir un métier comme un autre… si ces personnes n’étaient pas considérées comme des moins que rien que nul ne respecte. On ne se fait pas traiter de « sale caissière », « sale vendeuse » ou « sale boulangère »… Prostituée, c’est bien le seul métier qui soit stigmatisé de la sorte. 

Ce constat me semble malheureusement très symptomatique d’une société où nombre de femmes, au quotidien, sont encore rabaissées, dévalorisées, traitées comme marchandise ou sous domination. Ces femmes poursuivies par un prétendu péché originel pour lequel elles devraient payer. Vivons-nous vraiment dans un monde civilisé ?

Au 3919, le numéro d’écoute national pour aider les femmes victimes de violence, mis en place en 2007, le nombre d’appels n’a cessé de progresser ces dix dernières années. Il a même littéralement « explosé » depuis le lancement du Grenelle contre les violences conjugales le 3 septembre. C’est dire à quel point il est absolument nécessaire de traiter, non seulement les cas urgents bien entendu, mais aussi un sérieux problème de fond. 

Liberté ? Egalité ? Fraternité ?

Au delà des effets d’annonces médiatiques, c’est une évolution profonde des mentalités à laquelle nous devons travailler. Toute forme d’esclavage n’a plus sa place au 21è siècle. Les études montrent d’ailleurs clairement que lorsque le statut des femmes s’améliore, c’est toute la société qui progresse. 

Encore beaucoup d’hommes n’imaginent pas abandonner leurs privilèges, quand bien même cela signifie que des femmes soient opprimées pour servir leur pouvoir, petit ou grand, domestique, professionnel ou social, entre autres. L’égalité est pourtant la seule clé d’une société plus juste, une égalité dont les hommes pourraient également tirer avantage, mais pour qu’ils en prennent conscience, il faut changer les modèles.

La misère sexuelle qui est souvent invoquée pour excuser les clients de prostitués existe bel et bien, mais elle n’est peut-être que le reflet d’une pauvreté plus générale des rapports hommes-femmes. Une éducation à faire dès le plus jeune âge pour développer des relations harmonieuses où les deux sexes peuvent s’épanouir pleinement.

Je pense aussi à toutes ces jeunes femmes qui peuvent se faire piéger par une certaine hypocrisie ambiante, au risque de confondre émancipation et marchandisation de leur corps. Ce n’est pas la même chose d’assumer sa liberté sexuelle et de viser des contreparties (petits cadeaux, faveurs…) ou d’embrasser, même à son insu, les diktats d’un monde hypersexualisé.

On peut se sentir tout à fait libre avec son corps, à partir du moment où l’on ne se limite pas à un corps ! Un corps libre et un cerveau libre ! 

Comme toujours, je m’impatiente. Tout progresse si lentement… Je rêve d’un monde égalitaire, équitable et respectueux… Je rêve. 

 

© VAM –  « La Peau douce » N°2
Voir un extrait de la série

 

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Catherine Portès

1 mois ago

Merci VAM, tu nous alertes, et tu nous incites à rester vigilantes tout en espérant un monde meilleur.

VAM

1 mois ago

Avec plaisir Catherine !

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