La raison du plus faible

La raison du plus faible

J’aime les hommes quand ils sont fatigués, quand ils baissent la garde et ferment les yeux dans la coupe de mes mains. J’aime les corps rompus, les corps repus, le geste un peu alourdi de l’abandon.

Partout l’on applaudit les vainqueurs, les conquérants, et je ne vois que le masque de notre petitesse. On salue le courage même lorsqu’il est arrogant, on admire l’audace même lorsqu’elle est orgueil. L’honneur n’est pas dans l’écrasante victoire. La bravoure n’est pas toujours héroïque. La faiblesse n’est pas veulerie ni lâcheté. 

L’aveu parfois de la blessure, des plaies mal refermées, des doutes jusqu’au vertige, fait jaillir notre fragile humanité comme la poussière fait danser le rayon de lumière. 

Vois, je suis nue, agenouillée, bras ouverts, les mains vides et le sein offert. Ma prière n’a pas de Dieu. Inoffensive et sans colère, je n’ai pas appris le combat.

Tu ne peux rien contre moi car j’ai déjà tout. Tu n’as rien à me donner en échange, je n’ai rien à t’offrir en retour. Que l’espace clair entre mes bras.

Vous ne pouvez rien contre moi. Vous aurez beau me lapider, m’écorcher, me brûler, mon âme pleine est sans limites. Elle vogue par delà votre raison. Mes sortilèges ne sont que chansons.

Vois, je tangue, légère. Je vacille, à peine.
Je suis le roseau fin qui s’abandonne au vent. Je me couche à terre quand le temps se fait gros, quand le grain se fait tempête. Et la grêle de tes pas s’éloigne déjà. La pluie m’efface et je luis dans la neige. Mon corps ploie sous ton bras vengeur. Mais tu ne peux rien briser en moi, toujours, je me relève. J’ai le cœur bien vaillant, bien puissant, et sans rêves.

Ma tête, toujours, se redresse et pourtant, je suis faible entre les faibles.
Ma faiblesse est mon grand pouvoir.
Mon cœur élastique grandit chaque fois et devient monde.

La force attise la haine. La puissance ne protège pas des chagrins.
Et que faire d’un guerrier qui ne saurait poser les armes.
Si tu puises une vigueur nouvelle à mes baisers d’amante, je te laisserai courir mille vies et mille nuits, ta joue contre ma hanche.

 

© VAM –  Série « Corpus » – La Chasseresse
Voir un extrait de la série

 

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