Le baiser du diable

Le baiser du diable

Au détour d’une épidémie, embrasser ceux que l’on aime devient soudain prohibé, et même potentiellement dangereux. Peur de contaminer, peur d’être contaminé. Le nouveau mot d’ordre étant la prudence en toutes circonstances, il faut bannir les effusions et autres comportements « à risque » ! Allons-nous entrer durablement dans un monde de défiance ? Un monde aseptisé, sécurisé, réglementé, contrôlé, désincarné…

Dans ce nouveau monde à peine moins étrange que les dystopies de nos séries favorites, nous devons désormais garder nos distances, ne pas nous toucher, nous asperger de gel hydroalcoolique, parler au travers de parois de plexiglass, porter ce masque qui efface les sourires et empêche de déguster la bouche aimée… Oui, oser un baiser prend des allures diaboliques.

Ne restent que les yeux pour se dévorer, car nous voici obligés d’appliquer à la lettre la petite injonction de notre enfance : « on touche avec les yeux » ! Alors on rêve les étreintes. On se languit, devenant tous un peu Princesse de Clèves malgré nous, prolongeant peut-être la magie du désir par une éternelle attente.

On rêve de baisers volés, de baisers légers comme des plumes, de baisers pointus et espiègles, de baisers gourmands, intrigants, insolents, de baisers cambrioleurs, de baisers qui mordent et nous plongent dans les délices d’un enfer sublime.

Aujourd’hui, plus que jamais après un confinement difficile qui laisse des traces, des milliers de femmes convoquent de toute leur âme le baiser amoureux, autant qu’elles brûlent d’échapper au baiser de Judas. Le baiser lâche, le baiser de fausse tendresse, le baiser qui s’impose et laisse un goût amer, qu’on tente d’effacer du revers de la main, le baiser que l’on redoute, qui prend sans demander, le baiser qui appuie sur la nuque, qui écrase et soumet… Voilà bien le baiser du diable.

Tous les autres baisers, même les plus inconsidérés, les plus extravagants, les plus illicites, et même les plus virulents, ne sont que poèmes de nos lèvres.

Nos corps et nos cœurs s’impatientent. Il nous tarde de sortir de ce mauvais rêve, de retrouver les amours, les amis, et de célébrer la vie !

 

© VAM 2020 – Le baiser du diable

 

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Joly

4 mois ago

Merci VAM
Après tous ces baisers empêchés vive les baisers qui embrassent !
A bientôt j’espère

VAM

4 mois ago

Oh que oui, Sylvie ! Je t’embrasse encore virtuellement, avant le plaisir de se revoir !

Dorine Fourmann

4 mois ago

Tres joliment et passionnément ecrit . J’ aime beaucoup ce baiser du diable , le feu et le visage discret qui apparait . Je te souhaite une tres belle expo ….Respect ……bises Dorine

VAM

4 mois ago

Milles merci Dorine ! J’espère le plaisir de se revoir sur une des prochaines expos.

Emmanuel Henry

1 mois ago

Superbement bien écrit…et superbement mis en image. J’aime beaucoup

VAM

1 mois ago

Merci beaucoup pour vos compliments!

VAM

1 mois ago

Heureuse que le triptyque vous parle ! Merci Emmanuel.

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