Mon doux vaudou

Mon doux vaudou

Parfois je danse, seule, pieds nus sur le parquet. Quelques pas. Pour rien. Parfois j’aimerais danser follement jusqu’à la nuit.

Je pense aux rites anciens où tous se réunissaient pour danser autour du feu. Des danses tristes, gaies ou mystiques selon les occasions. Et je me demande comment la magie de ces rituels primitifs pour invoquer l’amour, la fertilité, les morts ou les esprits bienfaisants pourrait se traduire dans notre société actuelle ?

La danse du ventre

Les rituels ont pris des formes plus prosaïques, ils ont le plus souvent perdu leur dimension spirituelle. Bien sûr, on danse dans les soirées, les mariages ou les clubs sur des rythmes hypnotiques, on boit de l’alcool et on use éventuellement de substances illicites pour entrer en transe… tout comme à la préhistoire ! (les récentes découvertes des archéologues nous rappellent combien nous avons toujours cherché l’exaltation des sens). Mais quelles divinités invoque-t-on là ? Peut-on encore parler de communion, d’aspiration à une conscience supérieure ou bien de la simple volonté de s’extraire un instant du quotidien ?

Je vois toutes ces femmes qui s’activent sans fin chaque jour, reproduisant inlassablement les gestes codifiés d’un cérémonial immuable. Se maquiller, prendre sa pilule, s’occuper des enfants, aller travailler, remplir le caddie, faire la lessive, préparer le repas… Des rituels d’aujourd’hui, menés le plus souvent dans une course folle, avec un talent d’équilibriste, mais des rituels qui sont bien éloignés des pratiques ancestrales qui honoraient les Vénus toutes puissantes. Et pourtant, les femmes n’ont rien perdu de leur nature profonde et sacrée – celle que je mets en scène dans le triptyque « Ritual » qui évoque des célébrations chamaniques contemporaines – mais la communauté ne leur laisse guère la possibilité de l’exprimer.

Le quotidien des femmes qui nous entourent ressemble davantage à une contorsion qu’à une danse ! Si le concept de « charge mentale » a récemment refait surface, à juste titre, c’est que l’organisation des familles reste en effet très inégalitaire. Même lorsque chacun fait sa part, la responsabilité de cette organisation reste très majoritairement dévolue aux femmes quand leurs conjoints s’en tiennent au rôle d’exécutant, des conjoints qui aident volontiers et de plus en plus, mais qui sont moins à l’initiative, et ne déchargent donc pas leur compagne de ce rôle établi de « responsable domestique » si lourd à porter (Connaissez-vous la petite BD de l’illustratrice Emma, Fallait demander ? Très didactique sur le sujet).

Combien de temps devrons-nous encore faire la danse du ventre pour que la société daigne enfin rééquilibrer les tâches et les responsabilités sans que quiconque ne puisse se sentir lésé, exploité ou castré ?

Le chant de la vie

Pour réconcilier durablement le yin et le yang qui luttent en chacun de nous, il faudrait peut-être réinventer des cultes cosmiques qui nous élèveraient ensemble dans une bienveillante complétude. 

Je pense inévitablement à la Loba qui « chante au dessus des os » (lire l’incontournable Femmes qui courent avec les loups de Clara Pinkola-Estés). Les mythes regorgent de représentations symboliques d’un pouvoir originel que l’on se transmet, de femme à femme, de mère à fille, tout au long des générations.

Mais je n’ai pas connu mes grands-mères, je n’ai plus de lien avec ma mère, que vais-je transmettre à ma fille ? J’en appelle alors à toutes les figures maternelles de l’histoire humaine qui coule en moi comme dans chaque être, le grand savoir universel des femmes qui me donne la force de chanter au dessus des os pour redevenir une et unique, libre et courant avec les loups. Et dans cette ellipse du temps, j’imagine des chorégraphies ensorcelantes où je partirais avec mes compagnes quérir mon âme sauvage.

Car dans l’agitation de notre existence jaillit encore une connexion instinctive au monde, la puissance d’un féminin sacré qui aime, pleure, chante et danse la vie avec la grâce et la sagesse d’une vieille femme qui a connu tous les bonheurs et tous les malheurs depuis des millénaires.

 

© VAM – « Ritual » – Triptyque

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