Plasticienne… et conteuse ?

Plasticienne… et conteuse ?

Au gré des expositions et des rencontres, une remarque revient régulièrement : « Ce que vous racontez dans vos œuvres me touche et fait écho en moi… ». Serais-je donc une conteuse, avant même d’être plasticienne ? 

Il me devient évident que oui, j’aime ce que les femmes me révèlent d’elles à chaque rencontre, les hommes aussi, j’aime profondément chacune des histoires que l’on me raconte. Et j’aimerais les transmettre à mon tour, matière à réflexion, matière à émotion…

Dernière exposition en date, BioWoman, collectif international de femmes artistes, à la galerie 59 Rue de Rivoli. Invitée par mon amie artiste Nina Urlichs à travailler sur le thème « Rebirth » (Renaissance), je plonge avec enthousiasme dans une interprétation personnelle de la maternité, sujet qui me tient à cœur et auquel je réfléchis depuis longtemps, repoussant chaque fois le moment de l’aborder, ne sachant comment entreprendre ce travail tentaculaire autour de la femme et de l’enfantement. Sujet si commun, tant de fois représenté depuis des siècles et même depuis les premières Vénus paléolithique… Comment éviter les poncifs ? Comment retranscrire l’ambivalence de mes sentiments ?

Temps de travail

D’un point de vue photographique, l’envie est très évidente. Comme souvent, j’ai une image assez précise en tête depuis longtemps (je fonctionne régulièrement par « image obsesssionnelle » !). Les heures de travail viennent donc donner corps peu à peu à cette obsession. Un « ventre vide » qui laisse chacun/chacune s’interroger sur le statut de mère : évidence / obligation, amour / rejet, plénitude / malaise…

Les deux sculptures, elles, découlent d’un cheminement plus instinctif où la symbolique et l’imaginaire s’entremêlent, se nourrissent, et construisent des formes : matrice, nidification, perte… Des évocations qui m’échappent sans doute. 

Temps d’échange

Vient enfin le temps de l’exposition, du partage avec les visiteurs. Moment intense du « premier rendez-vous »… La rue de Rivoli attire un public très varié et international. Les temps d’échange sont particulièrement riches. Le sujet touche…

Les trois œuvres sont réunies sous le titre « Motherhood? » (avec un point d’interrogation, j’y tiens !). C’est la question de la maternité / non maternité qui m’intéresse. La dualité – souvent tue – des émotions des mères (généralement ignorée, avec légèreté ou condescendance, sous l’appellation floue de « baby-blues »… simple question d’hormones, c’est si pratique de tout imputer aux hormones…). Mais aussi la souffrance de celles qui ne peuvent enfanter, tout comme l’incompréhension entourant celles qui choisissent de ne pas le faire. 

J’ai eu la chance de rencontrer des femmes très différentes et de tous âges, partageant ces questionnements. Et à nouveau m’est venue l’envie, la nécessité même, de raconter toutes ces histoires que l’on me faisait l’honneur de me confier. Cette toute jeune femme qui ne veut pas être mère et que sa famille commence à regarder d’un drôle d’air. Cette mère de quatre enfants qui ne s’est jamais sentie plus vivante que lorsqu’elle était enceinte. Cette femme qui ne pouvait même pas supporter l’idée de porter un enfant dans son corps et qui a adopté. Cette autre qui a avorté jeune, qui par la suite n’a pas pu avoir d’enfant avec l’homme de sa vie, et qui regrette ce premier bébé qu’elle n’a pas accueilli…

À vous toutes, mesdames, qui avez partagé avec moi ces émotions si intimes, à vous tous, messieurs, qui m’avez dévoilé votre sensibilité, votre engagement à nos côtés et parfois votre désarroi, je dédie ce blog, avec gratitude, respect et affection. 

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